Par Jean-François Poussard, le 21/02/2012
A partir du 3 mai 2012, le registre des noms de domaine en .FR autorisera l’enregistrement d’adresses internet contenant des accents. Une période de dépôt prioritaire aura lieu avant une ouverture à tous. Tenez-vous prêt !
Les noms de domaine français vont enfin pouvoir s’écrire sans faute d’orthographe. L’Afnic va accueillir les caractères nécessaires à l’écriture de la langue française et des langues régionales. En complément des traditionnels chiffres (0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9) et lettres actuelles (a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u, v, w, x, y, z), des caractères accentués vont faire leur apparition. Il s’agit d’« IDN » (« Internationalized Domain Name » en anglais) qui correspondent à d’autres caractères que les historiques ASCII (« American Standard Code for Information Interchange »). Concrètement, les lettres suivantes pourront figurer dans un nom de domaine français :
- à, á, â, ã, ä, å, æ
- ç
- è, é, ê, ë,
- ì, í, î, ï,
- ò, ó, ô, õ, ö, œ (ligature)
- ñ,
- ù, ú, û, ü,
- ý, ÿ
- ß

Cette évolution concerne l’ensemble des extensions gérées par l’Afnic et récemment ouvertes aux européens , soit le .FR mais aussi le .PM (Saint-Pierre et Miquelon), .RE (La Réunion), .TF (Terres australes et antarctiques françaises), .WF (Wallis et Futuna) et .YT (Mayotte).
En mai, faites jouer une clause d’antériorité (« grandfathering »)
Du 3 mai au 3 juillet 2012, une période d’enregistrement particulière (« sunrise period ») aura lieu pour éviter l’indélicatesse d’un « cybersquatting » sauvage. Les détenteurs de noms de domaine ASCII auront la priorité pour déposer leurs versions « IDN ». Le titulaire de meteo.fr pourra utiliser via ce procédé d’antériorité (« grandfathering ») pour enregistrer en sécurité météo.fr. Le titulaire d’un futur .FR commandé en « grandfathering » ne devrait pas dépenser plus cher qu’un .FR ASCII car l’Afnic pratique l’égalité de ses prix de vente.
Si l'équivalent ASCII n'est pas encore déposé, il sera possible de le créer même durant la période « sunrise ».
A partir du 3 juillet 2012, l’attribution des IDN en .FR et autres extensions ultramarines françaises se fera sur la base du « premier arrivé, premier servi ».
Marques, noms descriptifs et géographiques
Cette réforme touche potentiellement de nombreux titulaires de .FR. Dans son observatoire 2011 du marché des noms de domaine en France, l’Afnic a noté parmi les principaux termes utilisés dans les nouveaux .FR : beauté, déco, création, électricité, gîte, hôtel, rénovation, santé ou sécurité, tous actuellement écrits sans leurs caractères diacritiques.
Les titulaires de noms « premiums » en .FR auront tout intérêt à enregistrer leur équivalent correctement orthographié. J’imagine mal le titulaire de credit.fr, nom de domaine racheté 587 500€ sur le second marché en 2010, ne pas déposer crédit.fr en « grandfathering ».

En 2011, le second marché des noms de domaine en .FR a enregistré plusieurs ventes de noms de domaine pouvant être retranscrits en IDN comme
piecesauto.fr (10 000 €), poeleabois.fr (4 000 €), testdepaternite.fr (3 750 €), ou-trouver.fr (3 000 €), agenceimmobiliere.fr (2 000 €), veloelectrique.fr (2 000 €), demarche.fr (1 750 €), elu.fr (1 490 €)
L’Afnic a par ailleurs décidé de ne pas élargir la liste des termes fondamentaux aux versions diacritiques. Pour rappel, le 1er juillet 2011, le registre français a autorisé l’enregistrement des termes auparavant bloqués. Des milliers de requêtes ont été traitées dont de nombreuses pour des noms de domaine transposables en IDN comme Algérie, comité-entreprise, école, élections, société, sécurité…
Les IDN existent déjà en .COM, .EU, .DE…
L’annonce de l’introduction des IDN en .FR a engendré des critiques des titulaires de noms de domaine ou ayants-droits concernés n’y voyant pas d’intérêt mais seulement un surcoût supplémentaire. Les autres réprimandes entendues concernent une perte de repère et de simplicité pour l’utilisateur.
Pourtant, les extensions génériques (.COM, .NET, .ORG, .INFO, .BIZ…) proposent les caractères accentués depuis des années. A la traine de plusieurs consœurs, l’extension française était une des dernières des pays développés à ne pas avoir franchi le pas des IDN. Le .EU de l’Union Européenne, ouvert à tous en 2006, a seulement mis trois ans (décembre 2009) pour introduire l’ensemble des caractères accentués issus des vingt-trois langues officielles de l’Union. Le .FR a attendu d’avoir 25 ans pour accoucher du bébé.
A titre comparatif, notre voisin allemand DE autorise 93 caractères spécifiques dans son extension nationale et compte actuellement 590 000 noms de domaine enregistrés contenant des « IDN », soit 4 % de son parc de 14,8 millions.
A mon avis, les marques accentuées notoires en France (ex : Allociné, Citroën, Crédit Mutuel, Nestlé, Société Générale, Vente-Privée…) ne pourront pas se passer d’un dépôt préventif à l’identique. Elles devront s’assurer que leur surveillance de noms de domaine détecte bien les dépôts avec des variantes typographiques incluant les « IDN ». La crème des noms premiums feront également l’objet d’enregistrement « GrandFathering » (ex : café, château, crédit, hôpital, prêt, régime…) compte-tenu de leur valeur marchande potentielle. Les noms géographiques des cités françaises les plus peuplées seront aussi demandées (ex : saintétienne.fr, orléans.fr, créteil.fr, mérignac.fr, chambéry.fr…)
Je suis curieux d’observer l’évolution des adresses internet des instituions à l’initiative de la bonne écriture des noms de domaine français. L’Académie Française va-t-elle mettre au goût du jour son nom principal en académie-française.fr ? Si les organismes publics prennent la liberté d’écrire correctement leur .FR, les IDN pourraient séduire un plus grand nombre d’internautes français s’habituant à cet usage. « Les accents sont les épices de la langue » chante bien Sangria Gratuite, chanson andidote à ceux qui ne voient les « IDN » que comme des faiseurs de beaux dégâts ! Un avis partagé par l’Afnic dans son dernier regard, qui retient que « l’usage des « IDN » est la meilleure réponse donnée aux titulaires pour leur permettre de communiquer avec des noms de domaine reflétant la prononciation de leur identité ou de leur marque ». Prononcez maçonnerie en version ASCII et vous comprendrez l’intérêt des IDN.
Pour en savoir plus :
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